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"Donner à voir et à entendre la création féminine la plus contemporaine" FRANÇOISE ALLAIRE, PRESIDENTE DE L'ASSOCIATION «ECRITURES DU MONDE», À L'EXPRESSION
Du 16 au 18 octobre dernier, un événement culturel dédié à la jeune création algérienne, baptisée «Algériennes» et déclinée au féminin-pluriel a été organisé au théâtre Saint-Gervais de Genève. Ont été invités (sur initiative de l'association «Ecritures du Monde» et l'Agence algérienne pour le rayonnement culturel) plusieurs figures du monde de la littérature, du cinéma et des médias. On citera notamment Sabrina Draoui, Yasmine Chouikh, Radia Abou El Maâli, Meziane Ferhani, la romancière Hadjer Kouidiri, Khadija Chouit, éditrice de la revue et du site Esprit Bavard et moi-même. Pourquoi cette manifestation et dans quelle perspective? Les éclairages nous sont donnés ici dans cet entretien avec celle qui fut jadis la commissaire de «l'Année de l'Algérie en France». L'Expression: Pourquoi avoir décliné cet événement au féminin? Françoise Allaire: Parce que s'il y a une véritable effervescence de la jeune création en Algérie, la part que les femmes y prennent est d'autant plus remarquable qu'on ne les attendait pas sur ce terrain si l'on se réfère à la pression sociale qu'elles subissent et aux clichés qui en résultent. Dans la présentation que cet événement fait de «Algériennes» il est dit qu'il rentre dans le cadre du Cinquantenaire mais n'a pas pour but «la commémoration» mais «la prospection». De quelle façon? et prospection de quoi? En organisant cet événement, en effet, notre propos n'était pas de commémorer, de faire oeuvre d'historien, mais de donner à voir et à entendre la création la plus contemporaine, reflet d'une nouvelle société qui se construit. Si demain est moins à découvrir qu'à inventer, stimuler l'intelligence collective des situations est une condition sinon suffisante, du moins nécessaire pour construire le futur souhaitable et «habiter poétiquement un monde plus solidaire». Pourriez-vous aussi nous parler de votre association et ses objectifs? «Ecritures du Monde» a été créée en 2000 par un groupe d'écrivains, auteurs de théâtre, originaires de plusieurs pays et qui se trouvaient alors à Byblos pour un chantier d'écriture. Mohamed Kacimi, l'actuel délégué général de l'association est l'un de ses membres fondateurs. L'Association s'est donné pour mission de promouvoir et de donner à entendre en les faisant circuler, les écritures dramatiques les plus contemporaines, surtout lorsqu'elles sont tues ou méconnues, afin de mieux approcher et de mieux comprendre les sociétés de notre temps et leur évolution. Depuis sa création, «Ecritures du Monde» a travaillé avec plus de 100 écrivains, auteurs de théâtre et metteurs en scène, originaires d'Europe, du Canada, d'Afrique, du Moyen-Orient et du Maghreb et initié des chantiers d'écriture et de création à travers le monde à Beyrouth, Damas, Jérusalem, Ramallah, Rabat, Tunis, Casablanca, Montréal, Toronto, Helsinki, Prague, Budapest, Londres, Bruxelles, Paris. Y a-t-il d'autres manifestations liées à l'Algérie et quels sont vos projets? Parmi les projets pour l'année à venir, signalons l'organisation d'un chantier d'écriture dramatique à Ramallah, en Palestine, en partenariat avec le Théâtre royal flamand de Bruxelles (le KVS) et une semaine des Nouvelles dramaturgies finlandaises à Paris. Dans les prochaines semaines, «Ecritures du Monde», dans le cadre de son partenariat avec le Théâtre ouvert à Paris et en liaison avec la Sorbonne, présentera deux oeuvres inédites en France de deux jeunes auteurs suédois: Jonas Hassen Khémiri et Sara Srtridsberg. Enfin, quelle image gardez-vous du temps de «l'Année de l'Algérie en France» où vous avez été le commissaire côté français? De «Djazaïr, une année de l'Algérie en France», j'en garde l'image d'un temps fort, merveilleux et émouvant, caractérisé par un élan sans précédent dans les sociétés des deux pays qui a mobilisé, à la fois les intellectuels, les créateurs et les artistes des deux rives, mais aussi le mouvement associatif, les institutions les plus prestigieuses comme les plus modestes; en atteste le succès populaire de cette «Année» à travers toute la France qui, avec plus de 3000 événements a rendu compte d'une culture algérienne multiple et foisonnante, autant dans sa dimension patrimoniale, que dans ses aspects les plus contemporains. Des événements majeurs ont rassemblé les publics les plus divers, partout en France. Dans la programmation de la Comédie française, Kateb Yacine a voisiné avec Molière et Shakespeare, tandis que de très nombreuses scènes nationales accueillaient des auteurs dramatiques algériens; hommage a été rendu à de grandes figures: saint Augustin, Emir Abdelkader, Ben Badis, la littérature a été honorée tout au long de ces 12 mois: Mohamed Dib, Assia Djebar, Rachid Boudjedra, mais aussi de jeunes auteurs vivant et travaillant en Algérie invités dans le cadre des «Belles Etrangères» et qui se sont affirmés, depuis, au niveau international tels Maïssa Bey, Boualem Sansal ou Arezki Mellal. Les concerts de musique arabo-andalouse à l'Unesco ou à la basilique de Saint Denis, comme le grand concert inaugural de Bercy ou la tournée du spectacle de hip-hop à travers toute la France, ont rassemblé, avec le même enthousiasme, les publics les plus divers. De jeunes plasticiens ont été invités à présenter leur travail après avoir bénéficié de résidences en France. Les grandes expositions sur la préhistoire, l'archéologie, l'architecture, les arts plastiques, l'histoire, fruits d'un travail commun entre spécialistes des deux pays ont donné lieu à des publications précieuses pour les chercheurs. Des colloques ont réuni des penseurs, des philosophes, des historiens, des experts des deux sociétés, dans la plus grande liberté, le cinéma fut aussi à l'honneur avec la production de courts et de long métrages et le tirage de dizaines de copies de films sauvés de l'oubli. Bien plus qu'une simple «saison culturelle», un moment de grâce dans la relation singulière et forte à la fois qui existe entre les deux pays.