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Enquête-Témoignages
Travail, Plaisir ou Contrainte ?
Publié dans Le Soir d'Algérie le 11 - 04 - 2015

Au moins 8 heures. C'est le temps que nous passons en général sur notre lieu de travail. Pour certains, la journée passe comme un TGV. Epanouis, investis et passionnés, ils se réveillent tous les matins le cœur léger. Pour d'autres, ouvrir les paupières et réaliser qu'aujourd'hui n'est ni un week-end ni un jour férié rime avec déprime. Ils traînent la savate, font une drôle de tronche et sont d'une humeur de pitbull.
N'était le salaire qui tombe chaque fin de mois, ils seraient restés bien au chaud au fond de leur plumard.
Se coltiner les embouteillages, les dossiers poussiéreux de leur administration et la tête patibulaire de leur chef hiérarchique, rien de très folichon ! Mais voilà, quand il faut y aller, faut y aller ! Epanoui ou pas au boulot ? Nous avons posé la question à un panel de «travailleurs» et de «travailleuses». Entre ceux qui vont au travail la fleur aux dents et ceux qui sont partagés entre l'envie de se jeter sous un bus ou d'un pont chaque matin, il y a à boire et à manger.
Omar, 34 ans
Omar est préposé à un guichet dans une mairie d'Alger. Son métier, il ne l'a pas choisi. Résigné, il a fini par se faire une raison. «Vous savez, de nos jours quand on a la chance de trouver un boulot, on l'accepte comme il vient. Dans mon cas, je n'ai pas fait de grandes études, alors je n'ai pas le choix. Etre confronté aux administrés derrière mon guichet tous les jours est loin d'être une sinécure. J'avoue qu'il faut avoir les nerfs solides. Mon travail n'a rien d'exaltant. Il est répétitif, ennuyeux, à la limite barbant ! Etablir des documents d'état civil, plusieurs heures d'affilée, n'est épanouissant pour personne. Mais il faut bien gagner son pain ! Alors, à la guerre comme à la guerre !»
Chafik, 53 ans
Chafik exerce le métier de chauffeur de taxi. Son rapport à son travail est mitigé. «Je suis partagé entre deux sentiments : la satisfaction d'être mon propre patron et le stress lié aux conditions de travail. Passer des heures dans la circulation, au milieu des klaxons, des gaz d'échappement et des énervements des uns et des autres est usant. Je suis aussi confronté parfois à une clientèle bizarre : ceux qui racontent leur vie par le menu, ceux qui fument dans mon taxi en écrasant leur mégot sur la banquette arrière, ceux qui claquent les portières et collent leur chewing-gum partout... Ce n'est pas tous les jours facile ! Mais entre travailler comme chauffeur de taxi et fonctionnaire dans une administration, je n'ai pas hésité un seul instant.
Mon activité me permet une relative liberté. J'ai le temps de régler les petits soucis de la vie quotidienne : les courses, les factures... Je choisis mes horaires et arrête le compteur pour rentrer chez moi dès que la fatigue se fait sentir. Finalement, je ne déteste pas ce que je fais sauf les jours où la circulation est infernale dans la capitale.»
Houda, 39 ans
Pendant des années, Houda a bossé au département des ressources humaines d'une société étatique avant de rendre le tablier. «Pointer de bon matin au bureau et y rester jusqu'en fin d'après-midi me minait le moral. De plus, mon travail n'était pas excitant. De la paperasse toute la journée. En tout cas, je ne me voyais pas rester dans ces conditions jusqu'à la retraite. Il y a quatre ans, j'ai pris mon courage à deux mains et choisi un autre chemin. J'ai puisé dans mes économies et lancé ma propre entreprise de communication et d'événementiel. Mon affaire ne se porte pas trop mal. Certes, je ne gagne pas des fortunes mais j'aime ce que je fais. Il y a tout le temps des choses nouvelles. Je ne suis pas confinée entre quatre murs. Je rencontre du monde, je voyage, je sors... et aussi je gère mon emploi du temps selon mes envies et mes besoins. Rien de tel pour mener de front vie familiale et vie professionnelle. J'ai deux enfants et je suis contente de pouvoir partager plus de temps avec eux.»
Kamel, 33 ans
Journaliste dans un quotidien de la presse indépendante, Kamel avoue aimer son métier. «Je suis venu au journalisme par passion. C'est un métier où on apprend chaque jour puisque les sujets se renouvellent au gré de l'actualité. Pas besoin d'être coincé dans une salle de rédaction.
On est sur le terrain, on rencontre des gens, on communique et puis on peut rédiger notre article où que l'on soit, notamment grâce aux nouvelles technologies (internet). Mon travail n'est pas routinier.
Il me réserve parfois des rencontres inattendues qui nourrissent mon intellect. Tout ce qui a trait à l'art, l'économie, la culture et la société m'intéresse. Alors je le déclare haut et fort : oui, mon travail me rend heureux .» (rires)
Il paraît que nous passons le tiers de notre vie à travailler, d'où l'intérêt d'avoir un métier exaltant et épanouissant. Rien de plus déprimant en effet que de passer toute une journée à se morfondre au travail, le regard éteint et l'œil rivé sur sa montre, attendant la délivrance. A moins de décider d'amorcer un virage à 180 degrés en allant voir ailleurs !?


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