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"Je paie ma candidature à la présidentielle"
PROCÈS DU GENERAL ALI GHEDIRI
Publié dans Liberté le 23 - 09 - 2021

Le procureur a requis, hier, 7 ans de prison ferme à l'encontre de l'ancien candidat à la présidentielle de 2019, alors que lors des plaidoiries, la défense a réclamé pour son mandant la relaxe et une réhabilitation avec "des excuses".
Après vingt-sept mois d'emprisonnement, le général Ali Ghediri a eu droit hier à un procès. Au cours de d'audience qui aura duré douze heures, l'ancien candidat à l'élection présidentielle a rejeté les accusations portées contre lui et réfuté toute "volonté de porter atteinte à l'armée", lui qui a passé "42 ans dans l'armée". "Mes interventions médiatiques étaient faites en ma qualité de citoyen soucieux de participer au débat dans le pays", a répliqué le général en réponse aux questions insistantes du juge qui lui reprochait presque de s'être immiscé dans le débat politique. Visiblement, les longs mois de détention ne semblent pas avoir entamé le moral du général à la retraite.
Entré dans la salle d'audience du tribunal de Dar El-Beïda vers 9h30, escorté par des gendarmes et des fonctionnaires de l'administration pénitentiaire, Ali Ghediri, les cheveux un peu plus grisonnants et vêtu d'un costume gris impeccablement repassé porté sur une chemise bleu clair, donnait l'impression d'aller à un meeting. Sur le banc des accusés, il a gardé le sourire, distribuant des salutations de la main aux amis et aux membres de sa famille présents dans le public. "Il est soulagé à l'idée de pouvoir se défendre", s'empresse de raconter Aouicha Bekhti, membre du collectif de défense composé d'une vingtaine d'avocats. Comme la nombreuse assistance composée notamment de sa famille, de rares proches et de quelques journalistes, l'accusé a suivi attentivement le long arrêt de renvoi.
Durant près d'une heure, le représentant du greffe a refait la mystérieuse "Affaire Ghediri". De sa candidature à l'élection présidentielle avortée d'avril 2019 jusqu'à sa détention, en passant par une interview accordée en décembre 2018 au quotidien El Watan. Puis, vient s'incruster un personnage rocambolesque qui, visiblement, a servi de fil conducteur à cette affaire. Un sexagénaire, aux traits tirés et s'exprimant difficilement, longtemps connu sous le nom de Hocine Gouasmia, est un homme aussi fantasque que mystérieux. Il est accusé d'avoir "livré des informations sensibles à des parties étrangères", à une période où Ali Ghediri s'est porté candidat à la magistrature suprême.
L'enquête révélera que celui qui se présentait tantôt comme politique, tantôt comme homme d'affaires est un repris de justice qui s'appelle en réalité Hocine Gasmi. En usurpant le nom de Hocine Gouasmia, il s'était donné la possibilité de créer un parti politique, d'approcher de hautes personnalités et d'être invité à la présidence de la République. Il a créé de nombreuses entreprises - visiblement fantoches - grâce auxquelles, il rencontrait des ambassadeurs, des ministres et des personnages de tous genres.
C'est dans ce cadre qu'il avait proposé ses services à Ali Ghediri "juste pour l'aider dans la campagne électorale", assure-t-il à la barre.
Interrogé sur sa rencontre avec cet homme, Ali Ghediri dira qu'il ne pouvait connaître le pedigree d'un homme qui s'était présenté comme homme politique. "Il a cherché à me connaître pour me proposer des parrainages" pour l'élection présidentielle, mais "je ne pouvais en savoir plus, d'autant qu'il connaissait tous les responsables de l'Etat", se souvient le général à la retraite.
Les avocats pestent en accusant le juge d'associer l'homme politique à un personnage accusé d'usurpation d'identité, de falsification de documents et surtout d'avoir transmis des informations à des entités étrangères. Cette accusation, selon la défense, n'existe plus dans le dossier d'Ali Ghediri, poursuivi uniquement pour "participation à une entreprise visant à affaiblir le moral de l'armée en temps de paix dans le but d'atteindre la Défense nationale".
Avant les plaidoiries des avocats, Ali Ghediri a transformé la barre de la salle d'audience en tribune politique. Il réfute tout lien avec le nommé Gouasmia qu'il soupçonne d'être "envoyé" pour nuire à son image. Il a assumé toutes ses interventions médiatiques depuis sa mise à la retraite en novembre 2015. Mais il réfute toute "volonté de porter atteinte à l'armée", lui qui a passé "42 ans dans l'armée" et qui compte des "frères et des enfants militaires". En revanche, "mes interventions médiatiques étaient faites en ma qualité de citoyen soucieux de participer au débat dans le pays".
Il en est ainsi de l'interview accordée le 25 décembre 2018 au quotidien El Watan dans laquelle il appelait notamment les dirigeants de l'ANP à ne pas laisser faire le 5e mandat. "À cette époque, des milieux malveillants voulaient contourner la Constitution pour soit rallonger un quatrième mandat, soit permettre un cinquième mandat pour un président malade", rappelle-t-il, déterminé. Il a expliqué au juge et à l'assistance, sur un ton qui rappelle un meeting politique, qu'il ne pouvait "se taire" devant "la dérive" de l'époque. "Les institutions étaient toutes paralysées et fragiles. Seule l'institution militaire était encore debout", s'est-il encore défendu devant un juge qui insistait sur l'implication de l'armée dans le jeu politique.
Je suis innocent, je suis innocent, je suis innocent..."
Ali Ghediri ajoutera que c'est sa candidature à l'élection présidentielle qui l'a mené en prison. Il a révélé que des agents de la Direction générale de la Sécurité intérieure avaient tenté de le dissuader de renoncer à sa candidature. En vain, dit-il. À un moment, il se tourne vers l'assistance et lève la main vers le ciel. L'assistance répond par des gestes de la main. "Nous ne sommes pas dans un meeting politique", rappelle à l'ordre le président de la cour. "La crédibilité d'un Etat se mesure à sa justice. Je suis innocent, je suis innocent, je suis innocent...", terminera-t-il.
Ces réponses ont désarmé le procureur de la République qui n'a pas su trouver beaucoup d'arguments pour enfoncer l'accusé. Il a, cependant, requis 7 ans de prison parce que, dira-t-il, Ali Ghediri "mettait en avant sa qualité d'ancien général à la retraite", ce qui donnait "de l'importance à ses déclarations".
Pour les avocats d'Ali Ghediri, ces accusations "sont infondées". Calmement, mais fermement, Miloud Brahimi a interrogé le juge : "Mais que fait-il ici ?", désignant Ali Ghediri. "C'est la première fois dans l'Histoire qu'un homme est jugé pour délit d'opinion positive !" a tonné l'avocat. Pour lui, comme l'ensemble de ses pairs, le général Ghediri "paie sa candidature à l'élection présidentielle en dehors du système".
Pis encore, Me Khaled Bourayou a relevé une faille dans le dossier. "Mon mandant est accusé d'avoir participé à une entreprise de déstabilisation de l'armée. Mais il a participé avec qui ? Puis, elle est où cette entreprise ?" a-t-il interrogé tout en relevant, comme Me Réda Saim, que l'arrêt de renvoi a rajouté une "phrase jamais prononcée" par Ali Ghediri dans son interview à El Watan. "Il n'a jamais appelé l'armée à entrer dans le jeu politique", ont-ils indiqué. Les deux ont également accusé le pouvoir de "vouloir faire payer" à leur client sa candidature à l'élection présidentielle de 2019.
Ali Ghediri est "victime d'une guerre des services", a même accusé Me Saïm, qui donne comme preuve le fait que seul son client est poursuivi pour avoir eu des contacts avec Hocine Gouasmia qui avoue connaître des dizaines d'autres officiers et de hauts responsables de l'Etat, dont certains sont toujours en fonction. "C'était un candidat à l'élection présidentielle, et il fallait l'abattre !" assènera l'avocat. La même ligne de défense a été maintenue par l'ensemble des avocats constitués dans ce dossier. Les plaidoiries se poursuivent au moment où nous mettons sous presse en début de soirée. Le verdict est attendu dans la nuit.

Ali BOUKHLEF


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